Et si ton corps gardait ce qu'il aurait dû lâcher
- beatricemarinms
- 31 mai
- 3 min de lecture
Ce mois-ci, je te partage un enseignement tiré d'une séance avec une cliente qui m'a donné son autorisation pour parler de son histoire. Comme d'habitude, elle a le mérite de traiter d'un sujet assez universel qu'on vivra tous à un moment ou à un autre : faire le deuil d'une expérience, d'une relation, d'une vie qu'on n'a pas vécue, de certains idéaux, d'une énergie qui ne revient pas, etc. |
Il y a quelques semaines, une cliente est venue me voir pour un mal-être général dont elle a pris conscience quand son fils s'est fait mal et a atterri aux urgences. Depuis, elle se sentait plus agitée que d'habitude, et une tristesse de fond qui était là. Elle avait associé cet état à cet évènement et ne comprenait pas pourquoi cela l'avait autant impactée. Pour comprendre ce que cache son état, les baguettes pointent un premier symbole : un oncle qui s'est suicidé après un conflit avec sa femme. Il était très en colère et l'a menacée avec une arme blanche. Il a été condamné à la prison. Il a vécu un choc dont il ne s'est jamais relevé. Cet homme est une représentation symbolique de ce que vit cette cliente. Alors je lui demande si elle a vécu elle-même une relation compliquée qui aurait pu créer un choc similaire. Elle évoque sa rupture avec son ex-compagnon, 3 ans plus tôt. Elle en parle de façon très rationnelle. A première vue, elle semble avoir tourné la page. Seulement, si les baguettes pointent ce symbole c'est qu'il reste encore quelque chose qu'elle n'a pas vu. Quand on a commencé à aller plus loin, son corps ne répondait plus. Elle décrivait ses émotions de l'extérieur mais sans être clairement touchée émotionnellement. Elle me disait d'ailleurs avoir rencontré quelqu'un d'autre très rapidement. Seulement, quelque chose ne s'était pas exprimé. Elle avait ressenti beaucoup de culpabilité, car elle a cru que c'était de sa faute. Mais un autre sentiment, plus difficile à reconnaître et a exprimé est resté bloqué dans son corps : la honte qu'il soit parti pour quelqu'un d'autre. Ce sentiment qui terrasse et nous blesse profondément dans le corps. Comment se libérer de cette honte qui emprisonne et qui tue notre élan de vie? Elle me disait que c'était incroyable : "Il est parti à cause du linge sur l'étendoir." Son esprit avait retenu la version la plus entendable. Mais son corps a retenu une autre raison : "je ne suis pas assez bien". Et dans cet espace-là, il sera impossible d'agir. Nous nous retrouvons comme un oiseau à qui on a coupé les ailes. La mémoire d'une expérience, figée dans le corps, comme un disque rayé qui va se répéter en boucle dans l'inconscient. Alors comment faire pour sortir de ce cercle vicieux? La colère est le premier pas. La colère qui dit ce qui m'a été fait n'était pas acceptable. Celle qui renvoie la honte à sa place. Parce que la honte et la colère ne peuvent pas coexister au même endroit en même temps. Quand la honte est présente, elle étouffe la colère avant même qu'elle puisse naître. Elle convainc qu'on n'a pas le droit d'être en colère, qu'on a mérité ce qui s'est passé, qu'il vaut mieux se taire. Alors la colère reste coincée elle aussi, quelque part entre le sternum et la gorge, sans jamais pouvoir traverser. Quand on l'aide à remonter, quelque chose se déplace. Et quand la colère a pu enfin s'exprimer, la vraie tristesse arrive. Pas la tristesse du choc, ou les larmes de la sidération. La tristesse douce et profonde du deuil. Celle qui pleure ce qui ne sera jamais plus : l'avenir imaginé, la relation idéalisée, la version de l'autre en qui on avait mis toute sa confiance et tout son amour. C'est le deuil de l'idéal. Et c'est souvent le plus difficile à traverser parce qu'on ne sait pas exactement quoi pleurer. La personne est encore là, la vie a continué, on a l'air d'aller bien. Mais quelque chose en soi pleure encore une image qu'on s'est construite, d'une réalité ou de quelqu'un qui n'a jamais vraiment existé, une fausse réalité sur laquelle on avait fondé toutes nos espérances. Quand on peut enfin toucher cette tristesse, le corps se détend. Pas tout de suite, pas d'un coup. Mais quelque chose se remet à respirer. Et on peut enfin tourner la page et recommencer sa vie. Est-ce qu'il y a dans ta vie une expérience dont tu penses avoir tourné la page, mais que ton corps n'a peut-être pas encore complètement digérée ? |




Commentaires