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Pourquoi je n’ai pas besoin de connaître toute l’histoire pour comprendre le sens de l’expérience

  • Photo du rédacteur: beatricemarinms
    beatricemarinms
  • 5 févr.
  • 4 min de lecture

Dans certaines approches thérapeutiques, on demande à la personne de raconter son histoire, de donner des éléments de son passé, parfois même de son arbre familial.


De mon côté, je n'ai pas besoin de connaître tous les détails pour savoir ce qui est en jeu dans la difficulté rencontrée. C’est un choix conscient, lié à la manière dont je travaille et à la lecture symbolique.


Quand trop d’informations orientent la compréhension


Recevoir des informations oriente presque toujours le regard. Même involontairement, une logique se met en place : une hypothèse, une attente, une manière de comprendre ce qui va suivre.

Or, dans mon expérience, ce qui agit le plus profondément dans nos vies n’est pas toujours ce que nous identifions comme le problème.


Les expériences à l’origine de certaines difficultés sont souvent très anciennes. Elles n’ont parfois jamais été verbalisées, n’ont laissé aucun souvenir clair, ou ont été intégrées comme « normales » avec le temps.

Et pourtant, elles continuent d’agir, de façon souterraine, dans nos relations, nos réactions, nos choix.


Laisser l’inconscient montrer le point d’entrée


Dans ma pratique, je choisis de me laisser guider par ce qui se montre, plutôt que par ce qui est raconté.

La lecture symbolique permet d’accéder à des dynamiques profondes sans passer par l’analyse ni par une interprétation préalable. Elle donne une forme à ce qui est déjà à l’œuvre.

Ce qui apparaît n’est pas forcément ce qui est le plus visible, ni le plus logique. C’est ce qui est actif, et prêt à être reconnu à cet instant précis.


Un exemple concret


Une femme consulte parce qu’elle n’a plus de relation avec ses sœurs. Elles ne communiquent pas. Elle dit avoir du mal à les accepter, sans vraiment comprendre pourquoi.


Si l’on part uniquement de cette problématique, le travail pourrait naturellement s’orienter vers les conflits fraternels, la rivalité, la jalousie ou les non-dits familiaux.


Mais ce n’est pas ce qui se montre en premier.


Dès le début de la séance, ce qui apparaît clairement, c’est le père décédé. Puis un lien fort avec lui, bien plus marqué qu’avec la mère.


La lecture se déplace ensuite vers sa relation à ses propres enfants : un samedi passé avec eux, puis un dimanche sans eux. Un avant et un après. Un événement précis émerge, où l’un de ses enfants a eu très peur après qu’elle ait crié.

Spontanément, elle fait le lien avec son adolescence, où elle se souvient d’une agressivité dirigée vers sa mère, qui déléguait souvent sa garde à la grand-mère, incapable de gérer ses colères.


L’événement fondateur


À partir de là, une expérience bien plus ancienne apparaît.

À 4 ans, cette femme perd une petite sœur de 2 ans. Elle me dit que le jour de son décès, elle était chez la voisine et qu'elle a entendu du bruit dehors et que la voisine a fermé les volet. Les baguettes ferment d'un coup pour montrer ce qui fait sens à ce moment là. Un évènement traumatisant qui a été occulté.


Après ce drame, ses parents vivent un choc profond. Sa mère est enceinte. Deux autres enfants naissent peu de temps après.

Il y a, dans cette famille, un avant et un après.

Cette petite fille de 4 ans a perdu sa sœur. Et, dans le même mouvement, une part essentielle du lien maternel.


Quand le sens apparaît


Jusqu’ici, cette femme portait une distance relationnelle et une difficulté à créer du lien avec ses sœurs.

On aurait pu interpréter cela comme de la jalousie ou une rivalité fraternelle.


Mais la lecture symbolique montre autre chose.


Ce qui était à l’œuvre n’était pas une hostilité contre ses soeurs ou sa grand-mère, mais un manque de lien, de présence et d’attention à un moment clé de son développement.


Ses sœurs sont aussi liées, symboliquement, à cette période où l’attention maternelle s’est déplacée, sans que sa propre perte ait pu être reconnue.


À partir de là, la distance et la non-acceptation prennent un autre sens. Elles deviennent compréhensibles.


Pourquoi je n’ai pas besoin d’interpréter


Le sens ne vient pas d’une explication posée de l’extérieur. Il vient de la reconnaissance intérieure de ce qui a manqué.


Quand ce lien devient visible, quelque chose se relâche. Les ressentiments diminuent. Les malentendus cessent d’être incompréhensibles. Un apaisement peut s’installer.


A ce stade, il n’est pas nécessaire de forcer un rapprochement ni de « travailler » la relation aux sœurs. Quelque chose s’ajuste doucment, de l’intérieur.


Ce que permet l’absence de préparation


Ne rien demander avant une séance permet de ne pas orienter la lecture, de ne pas figer le processus, de laisser émerger ce qui est prêt à être vu.


Ce qui apparaît n’est jamais toute l’histoire. C’est ce qui est juste, suffisant et transformable à cet instant.


Une autre manière d’accompagner


Je ne cherche pas à réparer une relation. Je me laisse guider par ce qui se rend visible, sans forcer, sans diriger, sans interpréter automatiquement.

Parce que lorsque le sens apparaît, les relations cessent peu à peu d’être gouvernées par des manques anciens.


Ne pas demander de préparation, c’est faire confiance à l’intelligence du vivant et laisser venir ce qui est prêt à être reconnu.

 
 
 

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